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Et ils vécurent heureux...

Et ils vécurent heureux...

(Divers - Heroïc-Fantasy - PLC 2009 - 26/01/2010)

Voilà.
L’Empereur Non-Mort, le Roi-Sorcier, l’Archi Liche Xarndatull était morte.
Abasourdis par le calme soudain, le chevalier pantelant resta coi. Alors que quelques secondes plus tôt la pièce richement décorée (enfin maintenant plutôt richement ravagée) résonnait des clameurs du combat, des explosions, des sortilèges maléfique, maintenant plus rien.
Juste les cliquètements du métal refroidissant. Son épée, la relique séculaire dont la quête lui avait couté tant de sang, de sueur et de larmes, n’était plus qu’un moignon de métal tordu et rougeoyant. Elle avait accomplis son destin et briser âme et sortilège du nécromant.
Celui-ci était brutalement passé d’immortel arrogant, de magicien se riant de leurs efforts à un tas de loque pantelante, un squelette moisi, frêle, ridicule dans une toge moisie.
Si brutalement que cela avait figé les combattants meurtris.
La liche n’allait-elle pas se relever, encore et encore, triomphale. Ce pouvait-il qu’ils aient réussit, que le Bien ait triomphé comme dans les contes ?
"C’est fini." laissa tomber le chevalier Thomas Xavier de Saint Armand, un étrange sentiment de vide au creux du ventre.
La sentence acquit de sa voix douce, cultivée et autoritaire, le statut de vérité inaliénable. Le corps du mort-vivant ne se redressa pas pour la contredire et pour les narguer.
"Oui, c’est fini..." lança alors une autre voix, épuisée, meurtrie. Eric, le ranger bourru. Son ami, son mentor.
L’homme s’extirpa péniblement d’un tas de débris qui était sans doute un établi remplis de bibelots précieux avant que le non-mort n’y catapulte l’archer d’un geste négligent de la main.
Le chevalier tendit une main secourable à son ami, notant d’un sourire crispé les blessures sur son corps. Un bras cassé, des côtes fêlés et une sale plaie au visage. Il resterait sans nul doute une cicatrice, ce qui accentuerait encore l’aspect d’ours grognon de l’homme au coeur d’or.
Cet examen sinistre rappela soudain son rôle de chef au chevalier, chassant le vide par des devoirs.
"Dame Nivellda ? Tout va bien ?" s’enquit-il d’une voix ferme.
"N-nous sommes encore entière, si c’est cela le sens de vote question." répondit la sorcière de la troupe, émergeant de derrière ce qui était jadis une splendide colonnade de marbre. Il y avait quelques sauts dans sa voix hautaine. "Il faudra compter un supplément pour tout ceci. L’ensemble de mon matériel thaumaturgique n’est plus que poussière."
Elle faisait visiblement un effort pour afficher son air supérieur et méprisant habituel. Efforts un peu gâché par le tressaillement compulsif de ses paupières, son regard hanté, le tressautement incontrôlé de sa bouche pulpeuse.
Pourtant, au lieu d’avouer sa douleur, de se plaindre de ses blessures, des efforts colossaux que son duel magique contre le Roi-Sorcier lui avait imposé, elle se barricadait derrière son air buté. Un noble n’aurait pas fait mieux.
Le chevalier soupira. Il ne comprendrait décidemment rien aux femmes, et à celle-ci en particulier. Il se fit violence et ne lui offrit aucune aide, aucune main tendu et ne fit pas allusion au saignement de ses oreilles et de son nez. Elle l’aurait prit comme la dernière des insultes. Il poursuivit donc sa revue des troupes, laissant la magicienne s’écroulait (mais dignement) dans un coin.
"Père Benoit ? Svendwill ?"
"Ici, noble seigneur." lança la voix du barde elfe, d’un ton guilleret forcé. "Notre bon prélat nous a mit dans une espèce de bulle invisible."
L’espace sembla ondoyer révélant le religieux, la robe maculé de pourpre, le visage rougit et en sueur.
"Arrête de gigoter, crétin d’Elfe." maugréa-t-il, comme à son habitude. "Du moins si tu veux un jour récupérer l’usage de ton bras."
La vue du religieux rassura le chevalier. Solide comme un roc, portant sa tonsure, son tain rougeaud et son embonpoint aussi fièrement que les attributs de sa Foi inébranlable, le Père se tenait là, déjà occupé à sa tâche de soigner les moribonds.
Il endurait en silence les sinistres brûlures et déchirures qui couvraient ses bras épais comme des buches, faisant passer son bien-être après celui de ses compagnons.
A ces coté, le barde elfique avait l’air bien pâle, à la limite de l’état de choc, son regard encore plus fou que d’habitude. Des petits rires nerveux lui échappaient de temps en temps.
Cependant, il fit un signe d’apaisement tremblant. Sous ses aspects de trublions insouciant, le chevalier savait que se cachait un être ancien, rusé et expérimenté, qui avait connu bien plus de bataille, de guerre et d’affrontement épique qu’eux-tous réunit. Pour lui, leurs légendes étaient l’Histoire, voire juste des souvenirs.
Et dire que cet être si vieux continuait à courir les routes et plonger au coeur du danger comme un adolescent inconscient... Pas étonnant qu’il s’entende si bien avec le prélat. Celui-ci, mature, posé et n’aimant guère les ennuis, agissait en père moralisateur pour le barde... Et prenait également plaisir à échanger point de vue et expérience avec une créature si différente et à l’intellect acéré.
"Jonathan ?" termina le chevalier.
"Ici, m’sieur. J’ai rien." appela la voix du jeune adolescent. "Comme ça s’gâté, je me suis fourré sous cet espèce de divan, là... Mais... euh... J’peux plus en sortir."
Le petit voleur était indemne, bien qu’encore une fois fourré dans un drôle de pétrin.
Tout le monde était donc en vie. Discrètement, le chevalier put lâcher un soupir de soulagement. Cette fois-ci au moins, il n’avait perdu aucun compagnon.
Il aurait aimé ne pas amener le garçon avec lui. Cependant, depuis que ce gamin des rues s’était greffé à leur groupe, son astuce et ses talents acrobatiques leurs avait maintes fois sauvé la vie.
Braillard, vantard, incroyant, malpoli et avec une notion très particulière de la propriété privée, il s’était fait une place dans le groupe et dans leur coeur. Le chevalier, bien qu’encore jeune et inexpérimenté de se coté là, l’aimait déjà comme un fils.
Un fils qu’il aurait aimé laisser à la maison. Mais les talent de Jonathan étaient trop utiles : ils avaient besoin de lui pour se faufiler dans l’antre de la liche. Entre la raison de coeur et le froid calcul, Thomas avait dû choisir.
Comme on le lui avait inculqué, comme il avait toujours fait, il avait fait passer la quête, la mission, avant tout.
Par chance ou par la grâce des Dieux, la rouerie et les réflexes du gamin lui avait permis de rester en vie.

Le groupe pensa ses blessures et se reposa tant bien que mal, abandonnant le corps desséché, quittant la salle dévasté pour une des luxueuses et plus accueillante suite du palais du non-mort.
Après un moment, les langues se délièrent, les regards se firent plus pétillant. La vie reprenait son cours. Le choc du combat et de sa brutale conclusion s’estompait, entrant déjà dans la légende.
Voyant que ses alliés, ses amis se portait mieux, le chevalier osa poser tout haut la question qui le tarauder depuis la conclusion de l’affrontement final.
"Et maintenant ? On fait quoi ?"
Silence. Regards d’incompréhensions. Et puis bien vite, une réponse évidente, brailler par Jonathan le voleur (et parce que la vérité sort de la bouche des enfants) : "Et bien, on pille, banane ! Sus au trésor ! L’vieux pourris doit avoir un sacré magot, vu la classe du palais !"
Grognant, Eric décocha une calotte sur le crâne du gamin.
"Idiot ! Nous ne sommes pas venu pour ça !" lança le rôdeur. "Nous avons une mission."
"Ou plutôt, j’ai une mission." pensa Thomas, un étrange serrement au coeur. Pour le reste du groupe, fussent-ils des amis de longue date, la proposition du petit voleur était la plus sensée.
Abattre le nécromant leur apporterait certes gloires et chansons de geste, mais également un beau pécule, probablement des artefacts magiques très puissant et sans doute des terres : la liche n’était-elle pas seigneur et maître des alentours ? Qui dirigerait la région maintenant qu’elle n’était plus qu’un tas d’os décrépits ?
"La princesse ! La princesse, voyons !" lança le barde elfe, se coulant sensuellement autour du chevalier, minaudant. "L’élue de son coeur, l’objet de sa quête, son ticket pour l’amour et la royauté !"
Le chevalier grogna. Sans savoir exactement pourquoi, voir cette princesse qu’il ne connaissait qu’à travers un vague portrait peint reléguée au rang de trophée ou de récompense lui déplaisait.
Il remit le barde à sa place, sachant d’ailleurs que c’était ce qu’il voulait, citant le manuel du parfait chevalier et de l’amour courtois. Il fit sa de manière automatique, intérieurement troublé.
Si près du but, l’obstacle ultime éliminé, il ressentait un étrange malaise.
L’objet de sa quête, ce qui l’avait motivé depuis tant d’années était à porter de main et il...hésitait ?
Ridicule ! Il était un chevalier ! Jamais il n’hésitait ni ne reculait devant le danger !
Quel danger, au fait ?

Ne sachant que se répondre, il chassa ses pensées étranges de son esprit en réagissant comme il l’avait toujours fait : par l’action.
"Bon. Je vais délivrer la princesse. La mort de la liche a dû désactiver les pièges magiques et je doute que le Roi-Sorcier ai laissé des chausse-trappes dans ses appartements intérieurs." déclara-t-il fermement. "Vous pouvez essayer de découvrir la chambre au trésor en m’attendant."
Ses compagnons acquiescèrent en un bel ensemble, lui obéissant comme toujours, par réflexe. Cela lui mit un étrange baume au coeur. _ Tout comme dans les combats précédents, le groupe avait fonctionné dans un ensemble parfait, comme un mécanisme inébranlable aux rouages parfaitement huilés. Une machine mortelle et redoutable dont-il était le chef, qu’il pointait contre le Mal et les mécréants, leur apportant le jugement divin.
Hum... Il allait devoir confesser un péché d’ego au père Benoit, ce soir.
"Ah !" réalisa-t-il soudain. "Quelqu’un sait où est enfermé la princesse ?"
"Voyons, tu ne lis donc jamais de conte ou de roman de chevalerie ?" ricana l’elfe en pointant le doigt vers une porte s’ouvrant sur un escalier en colimaçon. "Dans la plus haute tour du donjon ! Dans notre cas, il s’agit d’un ouvrage elfique assez récent, construit à la demande du souverain humain Augustus IV. Sa taille avoisine les milles pieds, même si c’est un peu exagéré. Magnifique exemple de l’architecture en aiguille _ Elfe et de l’usage de matériaux magiquement altéré, même si la pierre a été préféré au cristal traditionnel, pour des raisons de discrétion et de solidité. Bonne chance, il doit y avoir dans les milles cinq-cents marches. Rappelles-toi, le gros truc pointu qui dépassait du château, qu’on a vu en arrivant."
Il est des moments dans la vie d’un homme, fut-il chevalier, élevé dans des principes de sacrifice et de dépassements de soi, fut-il bien née et éduqué, où les vicissitudes placé sur votre route par un destin taquin nécessitent une réponse adaptée, énergique, voire violente.
Le tombereau d’injures et d’imprécations fit se retirer en toute hâte le barde elfe, soudain pressé d’explorer le donjon. Il se conclut par un hurlement primaire et le choc brutal d’un poing tout de fer ganté contre un mur elfique centenaire qui ne lui avait rien demandé.
Reprenant son souffle, pestant encore quelques malédictions qui ne devrait normalement jamais franchir les lèvres d’un gentilhomme, il accabla les Dieux, les Elfes, les nécromants amateurs de clinquant et le Destin.
Puis, résigné, le chevalier poussa un soupir las, leva son pied fatigué et bardé de métal déjà trop lourd et fit son premier pas sur la première de ses marches milles fois maudites.
Où il fit illico arrêté par une main puissante qui avait saisis sa cape.
"Allons, allons, mon ami." lança alors Eric. "Je sais que nous sommes tous fatigués, mais..."
"Je sais, je sais..." coupa le chevalier. "Je n’aurais pas dû jurer comme ça."
"Oh, ça ? Ce n’est rien. C’est même libérateur. Tu n’as pas l’air dans ton assiette depuis le combat. Mais il faut dire qu’abattre une liche n’est pas rien. Tu es sûr de ne pas vouloir te reposer un peu ? Après tout, la donzelle enfermé là-haut est là depuis combien ? Six ans ? Elle n’est sans doute pas à quelques minutes près..."
"Non, c’est bon. Le père Benoit a pansé mes blessures. Je vais bien." mentit-il, sans trop savoir pourquoi. Une solide amitié lié les deux hommes. Eric était avec lui depuis le début et il avait toujours été de bon conseil. Ils s’estimaient mutuellement, partageaient moult opinions, avaient les mêmes principes moraux de chevaleries, bien que mâtinés par une touche de bon sens pratique chez le rôdeur, à l’inverse d’un idéalisme parfois niais chez le guerrier.
Le chevalier n’était pas infaillible et aux cours de ces longues années d’errances et d’efforts, il avait souvent douté. Souvent il avait épanché son coeur et ses peurs auprès du rôdeur. Celui-ci avait toujours été de bon conseil et lui avait toujours redonné courage et espoir. Plus qu’un ami, c’était devenu un véritable frère.
Pourtant, le chevalier n’osa lui confier ce qui le mettait tant mal à l’aise. _ Sans nul doute parce qu’il ne le savait pas vraiment lui même. Bon sang ! Il était à deux doigts de finir cette mission insensée ! A lui la gloire et une vie faste et heureuse !
"Je dois y aller. Il n’est point galant de faire attendre une dame."
"Et il n’est point galant d’y aller dans cet état. C’est pour ça que je t’ai arrêté. Regardes-toi ! On dirait un soudard ! Cette pauvre princesse va en faire une attaque si elle voit son beau prince charmant débarqué ainsi."
Le rouge monta soudain aux joues du chevalier. Dans sa hâte et sa confusion, il n’avait pas un seul instant songé à son aspect. Et après un combat épique contre un sorcier mort-vivant, il n’était guère brillant.
Décidément, il avait trop pris l’habitude de n’être entouré que d’aventuriers, de compagnons de confiance qui se fichait comme une guigne des apparences et des fanfreluches.
Mais celle qu’il allait délivrée était de haute naissance, une noble dame qui deviendrait sa femme qui plus est. Un certain décorum s’imposait, ou au moins une certaine décence.
L’armure naguère brillante du chevalier n’était plus que fer noirci et cabossé. Les pièces en cuir étaient lacérées, les mailles déchirées. Il restait des tâches de sang (du sien, de ses compagnons) et d’autre substances suspectes moins identifiables mais surement d’origine répugnante.
Le père Benoit avait fait des miracles, mais s’il avait pu refermer les plaies, ressouder les os et fait repousser la peau, il ne s’était pas embarrasser à soigner le moindre petit bobo.
Le corps du chevalier n’était donc plus que griffures, coupures, bleues et bosses. Sans parler de traces de suie, de poussière et de débris divers. Il sortait d’un combat après tout ! Et la liche l’avait envoyé valdingué un peu partout...
"Heureusement, j’avais prévu cette éventualité." déclara d’un ton paternaliste amusé le rodeur.
De sa besace, il sortit quelques vêtements, certes d’allure modeste et banale, mais qui avait l’indéniable avantage de ne pas être crotté ou déchiré, ni de puer le sang et la sueur. Il sortit également tout un attirail de couture et de rafistolage, ainsi qu’une gourde d’eau propre et un pain de savon.
"Change-toi et passe un peu de lustre sur ton armure et ton écu… Et essaye de faire quelque-chose de te cheveux."
"Tu parles comme un elfe." plaisanta Thomas en s’exécutant. "Tu trimballes toujours tout ça avec toi ? Toujours prêt, hein ?"
"Ta gueule, messire. Il faut bien qu’il y en ai un qui pense dans ce groupe."
"Impossible de ravoir l’écu...Je pense que les derniers sorts l’ont achevé." grogna le chevalier au bout d’un moment. "Génial, plus d’épée ni de bouclier. Une chance qu’il y ai encore mes armoiries sur ma cape et ma bague seigneuriale."
Thomas sortit alors d’une pochette en cuir qui semblait avoir vécus plusieurs siècles de guerre un anneau d’argent ornée d’un rubis. La bague était simple d’apparence, mais un sortilège avait incrusté le blason de sa famille au coeur de la pierre : un lion majestueux combattant un serpent.
"Entre-nous, je suis presque content que ce maudit écu soit fichus. Réfléchir les sorts, tu parles !"
"Cela a marché... Bon, nous pensions qu’il les renverrait sur la liche, pas qu’il les dévierait au hasard un peu n’importe où. Mais il nous a sauvé la vie."
"Ouais, enfin bon, ce n’est pas toi qui a faillit te manger la première Boule de Feu... Puis on a piqué ce truc dans la tombe d’un roi mort. Ce n’est pas très... Enfin..."
"Chevaleresque ? Je dois avoir douté moi aussi. Mais nécessité fait parfois loi. Du moins, c’est ce que vous m’avez assené quand nous avons pillé cette tombe."
"Certes, sur le moment ça avait paru une bonne idée... Mais ce truc me fiche la trouille : tout ceux qui l’ont vu on périt, d’après la légende que nous a compté le barde."
"Nous avons pourtant triomphé et nous sommes bien vivants. Billevesées que tout cela. Mais je dois avouer être encore gêné à propos de cet artefact. Dès que je serais roi, j’irais le refaire mettre en terre auprès de son légitime propriétaire."
Les deux hommes regardèrent en silence le bouclier enchanté, ternit et noircis après son ultime épreuve. Luisait-il encore de manière étrange ou était un jeu de lumière dans ce corridor mal éclairé ?
"Bon, je vais le laissé là." décida le chevalier, un peu piteusement. "Il est inutile et ne fera que m’encombrer dans cet escalier. Nous le prendrons en repartant... J’y vais !"
Le rôdeur acquiesça et regarda son ami se lancer à l’assaut du millier de marches, avec sa détermination inflexible.
Une étrange peine lui serra alors le coeur, comme s’il n’allait plus jamais le revoir. Il hésita à le héler, mais ne savait quoi lui dire. Eric se détourna donc, songeur.

Thomas couvrit d’un pas décidé quelques circonvolutions de l’escalier en colimaçon. Au loin il entendait les échos de ses amis en train de pill...d’explorer le château. L’ambiance en bas était visiblement à la détente et à l’émerveillement. Tous prenaient conscience de l’exploit qu’ils avaient accomplis et de la prodigieuse récompense qu’ils allaient en retirer.
Lui même songea alors à sa propre "récompense". Cette princesse. Il essaya sans succès de se rappeler son image. Son père, le roi de Naeldor, le plus puissant royaume à l’est de la mer de Tunsk, lui avait bien sûr montré un portrait. Réalisé par un des plus grand artiste Elfe de la cours, bien sûr. Dans quelle mesure reflétait-il la réalité ?
De plus, la peinture montrait la princesse telle qu’elle était juste avant son enlèvement par le nécromant. C’est à dire une enfant d’une douzaine d’année. Certes, une belle enfant, d’après ces vagues souvenirs du chevalier, mais juste une gamine, rien qui ne fasse vibrer le coeur d’un homme.
Cela faisait maintenant bien six ans qu’elle était retenue captive dans cette tour innommable. Elle devait être devenu une femme désormais, tout comme lui était passé du stade de l’écuyer mal dégrossis et inexpérimenté à celui de chevalier averti.
Etait-elle belle ? Les rumeurs le disaient, mais n’était-ce pas ce que l’on contait toujours à propos des princesses ?
De toute manière Thomas n’était guère connaisseur en beauté féminine. C’était un domaine qu’il ne connaissait guère et qui le mettait mal à l’aise. C’était un homme d’arme et d’action. Bien qu’il ait été formé à l’amour courtois, à la bienséance, à la poésie et aux comportements à adopter face à la gent féminine, un insidieux malaise se répandait dans son âme.
Comment se comporter face à la princesse ? Comment avait-elle supporté sa captivité ? Et comment prendrait-elle sa tardive délivrance ?
Thomas avait fait au mieux, mais tout de même, passer six années captif d’une liche, cela ne devait pas laisser indifférent.
Que penserait-elle de lui, qui allait débouler dans sa vie comme ça ? L’avait-elle déjà imaginé, fantasmé ? Serait-il à la hauteur du héros qu’elle attendait sans doute depuis des éons ? Serait-elle reconnaissante ? Ou au contraire en colère, lui en voulant d’avoir mis tant de temps pour défaire son tortionnaire ?
Que devrait-il dire ou faire ? Comment se présenter ?
"Bonjour, je suis votre sauveur...Non, c’est pompeux. Bonjour, vous êtes enfin libre..."
Maugréant dans sa barde (qu’il n’avait pas, une lubie de sa mère s’était transformé en tradition et il coupait le chiendent chaque matin) le chevalier essaya quelques formules de politesse et de présentation. Aucune ne paraissait adapté à la situation, aucune n’était assez réconfortante face au drame qu’avait sans doute vécu cette toute jeune fille.
Soupirant, il se concentra sur les marches qui défilaient. L’exercice physique réclamait sa dîme à son corps déjà épuisé, ce qui était un bon moyen pour ne pas penser. Espérait-il.

C’était évidemment faux, comme le chevalier s’en rendit compte quelques étages plus haut. Une fois la routine installé, la succession mécanique des marches, l’effort répété et régulier, tout cela laisser libre son cerveau pour penser à autre chose.
La princesse, évidemment. Cette rencontre imminente, l’achèvement de sa longue quête l’angoissait de plus en plus. Pourquoi ? C’était l’aboutissement de temps d’efforts...
Mais c’était aussi la fin de sa vie d’aventuriers.
La fin du groupe d’amis, des explorateurs hardis qui défiait le Mal.
Il serait Roi. Cela signifiait sans nul doute tout un tas de nouvelles responsabilités et d’obligations. Déjà, l’apparat qu’imposerait le titre lui pesait.
Il ne serait sans doute plus possible d’aller courir l’aventure, de découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles contrées, des modes de vie étranges et fascinants, des créatures bizarres. Plus de temples anciens à parcourir, plus de désert à traverser, plus de ruines à explorer.
Gérer un royaume... Il n’avait pas la moindre idée de par où commencer. Oh, il savait qu’il s’en sortirait ! Le plus dur serait de ne pas se laisser manipuler par la famille et de supporter sycophantes et conseiller.
Thomas, de part son serment de chevalier et de part sa vie au service d’autrui, aimait se dévouer aux gens. Il serait sans doute un bon Roi, une fois qu’il serait habitué à l’idée. Peut-être. Surement.
Mais il ressentait déjà une pointe de regret à l’idée d’abandonné sa vie d’errance pour une existence rangée. Passer de pourfendeur de dragon et de liche à administrateur, comptable et juge ne l’enchantait guère au final.
Pourtant, il lui faudrait bien se rangeait un jour ou l’autre, non ? Quitter cette vie folle et irresponsable remplit de dangers, de combat et de fureur. Mais elle allait lui manquait au final, cette vie de héros. Pouvait-il renoncer au titre de Roi ? Douteux. Même s’il n’avait que faire de l’argent et du confort qu’apporterait ce titre et ses écrasantes responsabilités, il aurait à charge la princesse et sa propre famille. Père et Mère attendait beaucoup de lui.
Car la chevalerie et sa gratification ultime, sa promotion sociale par les épousailles de demoiselles en détresse étaient une tradition familiale.
Depuis des siècles, il était de tradition que le second fils de la famille de Saint Armand partent à l’aventure en quête de fortune et de gloire. Et si possible d’un titre ou d’un bon mariage.
Bon gré mal gré, grâce à cette philosophie, la famille prospérait lentement. Il n’y avait pas toujours de princesse à secourir et avec qui convolait, mais parfois les aventuriers de la famille revenait avec trésor et gloire. Pas toujours, évidemment, certains des ancètres de Thomas Xavier avaient connu de sacré revers et quelque ratage spectaculaire et infamant.
Mais il suffisait d’une fois, d’un succès retentissant ou d’un trésor pour garantir la progression de la famille.
Le père du chevalier était quand à lui un aînée. La tradition familiale se dotait d’une certaine prévoyance et n’envoyait qu’un fils puîné à l’aventure. Saine (ou froide) précaution, ce "métier" n’étant pas exempte de risque et de mort tragique.
Ils assuraient la continuité de la lignée et son développement par des méthodes plus classiques : nobles alliances, épousailles longuement marchandés et gestion des terres familiales.
Mais ce système générait aussi beaucoup de frustration. Le père de Thomas vivait donc à travers lui les hauts qu’il n’avait pu accomplir dans sa jeunesse.
Quand à sa mère... C’était encore pire. Elle considérait son mariage arrangé comme une espèce de trahison qu’elle devait endurer en silence, par fierté. Sous sa carapace de grande dame rigide et froide se cachait un coeur affreusement romantique. Secrètement, elle aurait désiré se faire enlever, délivrer et conquérir par un vaillant héros de conte.
N’ayant pu réaliser ce rêve, elle aussi voulait faire en sorte de le vivre par procuration.
Enfin, c’est ce que lui avait dit Eric, qui s’y connaissait mieux que lui en affaire de coeur féminin... Lui même n’avait connu d’une mère intransigeante sur son entrainement, qui l’avait poussé vers le métier des armes sans remords, sans se soucier de la difficulté et des périls mortel.
Si le père de Thomas et ses instructeurs lui avait appris les armes, c’est sa mère qui l’avait formé, moulé dans son rôle de héros.
Au final, le chevalier l’en remerciait : il avait grâce à elle acquit un mental d’acier et des compétences qui lui avait permis d’accomplir son destin et de terrasser la liche.
Mais au fond de son coeur il regrettait d’avoir eu une instructrice plutôt qu’une mère...
Thomas soupira en repensant à tout ça. Mère ne sentirait plus dès qu’elle apprendrait qu’il avait réussit. Déjà il l’imaginait prenant en main les rênes du futur mariage pour en faire un événement royal et retentissant.
Son imagination et la fatigue lui jouant des tours, il faillit rater une marche et dû se retenir à une fenêtre en grommelant un juron.
Il serait idiot de tomber maintenant et se rompre le cou en dévalant ce maudit escalier interminable.
Le chevalier décida de reprendre son souffle et s’accouda à la fenêtre, qui était à peine une meurtrière creusait dans une paroi absolument lisse.
Il était déjà bien haut et pouvait contempler l’incroyable panorama qui s’offrait devant lui à travers cette petite lucarne.
Au loin, le ruban d’argent du rivière Naismaine. Ils avaient descendu ce cours d’eau. Il prenait sa source dans les Pics Gris, les montagnes dans lesquels ils avaient crapahuté un moment à la recherche de la tanière du Dragon Kallisarv.
Thomas versa une larme en mémoire des compagnons disparu lors de l’affrontement contre le terrible saurien. Grâce à leur sacrifice et leur dévouement, il avait pût vaincre la bête et s’emparer de son trésor... L’épée magique, relique millénaire, qui avait occis le nécromant squelette. Et qui désormais n’était plus qu’un bout de métal inutile.
Par delà les montagnes, il y avait les steppes sauvages et leurs tribus de nomade. De bien curieux personnage, qui s’était révélé être bien plus que des sauvages pillards. Encore plus à l’Est, le Grand Rien, le désert torride dans lequel ils avaient recherché la sépulture d’un roi magicien qui avait régné sur un royaume légendaire aujourd’hui avalé par le sable.
C’est là qu’ils avaient récupéré son écu enchanté, grâce à l’astuce de Jonathan qui avait déjoué avec brio les pièges maléfique de la tombe. Qui avait-il après le désert ? Thomas n’en savait rien. Il était sûr que Svendwill le saurait... Mais jamais plu il ne pourrait se lancer dans pareille expédition. Pas question pour un futur roi de partir cartographier l’Est brulant.
Le chevalier soupira. Pas plus qu’il ne descendrait la rivière Naismainen plus aval. Peut être pourrait-il allait jusqu’à la cité marchande de Ylittä, là où la rivière se jetait dans le fleuve Tulevia.
Jamais il ne verrait les forêts profondes qui arrachaient de si belles balades mélancoliques au barde Elfe.
Pas plus qu’il n’irait jusqu’à l’Océan des Tumultes ou jusqu’aux petites cités-états de Ravistellaan, d’où venait l’arrogante magicienne Nivellda. Il ne saurait donc pas comment fonctionnait cette "démocratie" dont-elle n’arrêtait pas de vanter les mérites par rapport à leur "régime primitif". Il ne verrait pas les milles tours d’albâtre de sa cité (surement une exagération).
Las, il s’écarta de la fenêtre et de ce paysage magnifique. Maintenant il comprenait pourquoi les génies du mal construisaient de pareille tour. Dommage que leur paranoïa les oblige à faire de si minuscules fenêtres...
A regret, il s’éloigna de l’ouverture, constatant avec étonnement qu’il serrait les poings.
Pourquoi donc était-il en colère ? Et si nostalgique ? Comment savait-il que la vie d’aventurier lui manquerait tant ? Il n’avait jamais essayé l’alternative.
Pour chasser tout cela de son esprit, le chevalier se mit brutalement à gravir les marches quatre à quatre.

Effort louable, mais épuisant. Il lui fallut bientôt s’arrêter ou du moins ralentir.
Le sommet se rapprochait pourtant, et avec lui, ses angoisses revenaient. La princesse hantait ses pensées, mais pas comme un objet de désir, ni même une récompense. Il avait peur, une émotion inhabituelle.
Peur du changement, peur de l’inconnu, peur de cette fille, de cette femme (désormais ce devait être une femme) dont il ne savait rien à part le nom et le titre. Sa future épouse.
Est-ce qu’elle l’aimerait ? Et lui, l’aimerait-il en retour ? Ou bien tout ceci n’aboutirait qu’à un mariage plus ou moins forcé, comme celui de ses parents ? Un mariage, une existence sans amour, chacun accusant l’autre en silence de lui avoir volé sa vie...
Il n’était pas sûr de pouvoir le supporter.
Bon. Tout pouvait aussi bien se passer. Ils pouvaient très bien s’éprendre l’un de l’autre au premier regard. Cela arrivait sans cesse dans les contes.
Il ferait un fastueux mariage d’amour, qui lui apporterait gloire et richesse.
Et une descendance.
On attendrait de lui qu’il ai une descendance.
Thomas se figea et rougi en songeant à ce impératif marital.
Il n’était guère expérimenté, tant dans les histoires de coeurs que dans la pratique...euh...physique. Sa dernière, et première d’ailleurs, expérience intime avec la gent féminine avait été un pur désastre. Lors des libations fantasmagoriques qui avaient suivis la défaite du Dragon et le pillage de son antre, Svendwill lui avait...envoyé une accorte serveuse de l’auberge. La donzelle et le barde s’était montré si insistant qu’il n’avait pas pu refuser ou s’en sortir avec un tact chevaleresque.
Et comme tout jeune homme, il devait confesser qu’il avait alors une certaine curiosité de la chose. Et il avait, à sa grande honte, un peu trop bu.
Bref, il s’était laissé conduire dans une chambre isolé, il s’était laissé dévêtir et caressé par une jeune inconnue.
Et il n’avait su que faire. Il s’était retrouvé complètement abruti devant le corps nue de cette demoiselle, n’osant prendre la moindre initiative.
Thomas était habitué à sa propre nudité : il avait été apprenti soldat et pages, et avait donc connu la promiscuité militaire. Mais là, c’était une femme et non un camarade de chambré impudique.
Il lui revint en mémoire quelques descriptions grossières de l’acte, des vantardises de guerriers. Des conseils d’aînés sur ce qu’il devait faire et comment lui revinrent un peu à l’esprit. Mais il les jugeait intérieurement grossiers et brutaux, indignes d’un chevalier de son rang. Ce n’était sans nul doute que des fantasmes un rien malséants. Lui qui était si fort et si musclé, il avait eut peur de blesser cette petite chose chétive. Sa compagne avait dû alors...prendre les choses en mains.
Puceau, il devait confesser une ignorance totale de l’anatomie féminine. Il ne savait comment réagir devant la splendide poitrine qu’on lui mit sous les yeux.
Au final, ce fut un désastre. Malgré les caresses expertes de la jeune fille, le vin n’aidant pas non plus, l’étendard viril de Thomas eu bien du mal à se dresser. La suite fut un grenouillage honteux dans le noir qu’il jugea presque sordide. Aucun des deux amants d’un soir ne fut satisfait et le chevalier penaud pris honteusement la fuite dès que la donzelle se fut lasser de tenter de le stimuler.
Après cela, il prit bien garde de ne plus toucher au vin et encore moins aux femmes.
Son esprit échauffé revint à la situation présente et à la princesse. Une autre femme. Sa femme. Qu’il lui faudrait...féconder. Il frissonna de peur et de honte anticipé. Y arriverait-il ?
Le peu qu’il savait de la dame ne le rassurait pas. Elle était plus jeune que lui, surement encore plus petite et fragile que lui.
Et serait-il un bon père, à défaut d’être un bon mari ?
Thomas aimait les enfants, enfin il croyait. Il n’en avait jamais eut. Il aimait Jonathan comme un fils et essayé de le guider peu à peu, d’en faire un homme honorable et droit malgré ses origines douteuses. Et le petit voleur lui rendait son affection.
Etait-ce ça être père ? Ce ne serait pas forcement déplaisant... Par contre il n’avait pas la moindre idée de comment il devrait éduquer une fille...
Le chevalier soupira, vaguement triste : avoir une descendance signifiait sans nul doute perpétuer la tradition familiale. Il n’était pas assez rebelle pour passer outre la pression familiale. Sinon, il ne serait pas fourré dans ce guêpier, assaillit de doutes tardifs.
Thomas frissonna en s’imaginant former ses enfants pour les envoyer à l’aventure, à la mort... Il s’en sentait incapable.
Peut-être que la princesse s’y opposerait ? Pourrait-il s’appuyer sur elle, gagner son soutien contre ses pairs et ses ancêtres ?
Ou au contraire, ravis de son sauvetage héroïque, il insisterait autant que Mère pour perpétuer se modèle familial ?
Enfin, il verrait bien : ce n’est pas comme s’il pouvait la repousser ou fuir la cage dorée de se destin. Il était après tout un homme de devoir et de tradition. Enfin le croyait-il... Désormais, il doutait.
Aurait-il pu refuser cette impossible tâche ? Aurait-il osé dire non au Roi, à sa famille ? Pouvait-il les trahir maintenant ? Eric, qui le connaissait si bien, avait dit un jour qu’il était impossible pour lui de laisser quelqu’un dans la détresse. Qu’il était l’archétype du chevalier preux et sans peur. Thomas ricana : peut-être que son ami rôdeur n’avait pas percé l’armure qui protégeait son âme hésitante, tout compte fait.
Il avait hâte de lui en parler, en fait. Eric avait toujours tendance à l’idéaliser, à placer les idéaux chevaleresque au dessus de tout. Comme s’il regretté lui même de ne pas avoir le cran de s’y conforter. N’aimant pas la foule, gêné en public, le rôdeur protégeait le monde de loin, avec circonspection. En en silence, sans jamais se plaindre, sans réclamer de récompense ou chercher la gloire. Voilà qui était plus humble et plus chevaleresque que sa propre attitude.
En fait, le chevalier s’en vint à bénir les dieux et les architectes tordus qui avait bâtis cette tour démesurée et son interminable escalier.
Seul, son corps mécaniquement concentré sur la marche, cette ascension lui avait ouvert l’esprit.
Pensif, c’est en silence qu’il avala mécaniquement les marches finales.

La princesse Alexandra Anastasia de Naeldor faisait les cents-pas dans sa superbe chambre-prison, s’interrompant parfois pour jeter des coups d’oeil nerveux aux multiples fenêtres offrant un panorama magnifique sur le paysage alentour.
Paysage splendide, certes, mais dont la jeune fille s’était laissé depuis des années. Elle aurait aimé y voir une armée, des tours de sièges et les étendards de son père. Ou de n’importe qui, en fait.
Sa captivité, bien que peu attrayante, n’avait pas été le calvaire qu’elle s’était imaginée.
Le Roi-Sorcier n’était en rien un démon sadique. Sans coeur, froid, mais pas sadique. Son intelligence sinistre et sa patience de non-mort lui faisait voir les choses à long terme.
Alexandra était un otage, une assurance. Tant qu’il la détiendrait, le nécromant avait la certitude qu’aucune armée du Naeldor, le plus puissance royaume local, ne s’interposerait entre lui et ses projets.
De plus, à l’inverse de lui-même, le Roi n’était pas éternel. Vu qu’il tenait la princesse, il aurait une vague légitimité quand il fondrait sur le royaume lors de la mort du Roi. Il pourrait profiter de la confusion de la succession pour s’emparer du trône sans trop de mal.
La liche avait donc traité la princesse avec déférence et courtoisie. Il l’avait placé tel un trophée au sommet de son incroyable tour. La cage, si elle n’était pas dorée, n’en était pas moins luxueuse et confortable.
Etant mort, le sombre magicien n’avait pas le moindre appétit charnel. La princesse n’avait donc pas subit les derniers outrage, tel qu’elle se l’était imaginé (enfin, tel que l’avait imaginé ses dames de compagnies lors de leur capture).
Tout n’était pas rose non plus : la liche, lassé par la suite de femmes piaillantes de la princesse, leur avait fait subir quelques...expérience. Alexandra ne les avaient jamais revus.
C’était donc dans un morne silence, une captivité ennuyeuse mais vivable qu’elle attendait sa délivrance.
Deux fois l’an la liche l’autorisait à dîner avec lui, repas étrange vu qu’il ne mangeait pas. Depuis que la princesse avait appris à dépasser sa peur et son dégout ils discutaient politique, philosophie et le nécromant polis lui donnaient des nouvelles du monde et de son royaume. Il avait certes un esprit dévoyé et une soif de conquête effroyable, mais c’était un érudit, ce qui rendait cette soirée bisannuelle plutôt intéressante. Malgré sa haine, la princesse reconnaissait les efforts fournis et remerciait les dieux d’avoir été enlevés par un Seigneur du Mal civilisé.
Au terme de ce repas, il lui laissait écrire une lettre à son père avant de la reconduire dans sa geôle princière.
Vaguement conscient de l’ennui effroyable de cette captivité, le nécromant l’avait doté d’une riche bibliothèque et d’un majordome-percepteur. Bon, qui était un squelette, ce qui lui conférait une patience et un fermeté sans faille.
Alexandra avait donc grandit dans cet environnement étrange et en avait hérité une curieuse éducation.
Elle se sentait prête à prendre les rênes de son royaume dès sa délivrance. Elle sentait déjà qu’elle ne serait pas comme sa mère, une potiche tout juste bonne à glousser en société et à pondre des rejetons, mâles si possible.
C’est donc avec une joie teintée d’appréhension qu’elle avait sentit le château trembler sur ces bases. Au loin les explosions, les grincements, les tremblements c’était succédé pendant un long moment.
Elle resta silencieuse, droite au milieu de la pièce, priant, n’osant espérer.
Les infranchissables fenêtres ne lui offraient aucun secours. Aucune armée n’était aux portes du château maléfique. Cela devait donc être un groupe de téméraire héros qui s’était infiltré pour tenter de défaire la liche.
Ou pour piller ses trésors.
Il y avait déjà eut plusieurs tentatives. Elle avait même assisté à l’une d’elle, un groupe de courageux jeunes gens ayant lancé l’assaut lors d’un de ses diners en compagnie de la liche.
Ils ornaient maintenant une allée du parc pour l’éternité.
Alexandra essayait de ne pas trop espéré, pour ne pas être trop déçut, comme à chaque fois. Mais elle piaffait d’impatience, adressait des prières aux Dieux et aux démons. Jamais sa réclusion ne lui avait tant pesé que pendant ces quelques minutes de bataille dont l’effroyable violence faisait trembler les murs.
Puis soudain, le silence. Son souffle se bloqua. Et maintenant ?
Rien, elle le savait. Comme d’habitude, le roué magicien non-mort avait sans doute balayé l’opposition avec ses sortilèges mortifères. Il était trop doué, trop puissant, trop malin.
Mais, soufflait une petite voix, la combat avait vraiment duré fort longtemps... Plus longtemps encore que lorsque que cette tribus d’orcs à la recherche de gloire avait attaqué le château... L’espoir était une drogue, une flamme qui la dévorait, formant une boule chaude dans son estomac.
Soudain un bruit déchira ce silence angoissé. Le tintinnabulement d’une masse d’os s’effondrant soudain, privée de magie.
La princesse laissa alors un petit cri libérateur. Son majordome squelette n’était plus qu’un tas d’os inesthétique sur le tapis. D’autres bruits d’affrontement squelettique derrière la porte dorée (et verrouillée) de la pièce lui indiquèrent que les deux golems d’os qui la gardait n’étaient plus.
Cela signifiait...Cela signifiait que la magie de la liche ne les alimentaient plus. Que la liche était... morte !
La boule dans son estomac se changea en feu ardent qui se répandit en elle. Elle cria sa joie d’une manière fort peu féminine et digne d’une grande dame.
Cela signifiait que quelqu’un avait vaincu le nécromant. On allait la délivré !
Elle se retrouva paniquée, flottant sur un nuage de bonheur et d’espoir.
Que devait-elle faire ? Vite, passer une robe digne de son rang, pour accueillir ses sauveurs. Bon sang, où était sa brosse à cheveux ? Et il fallait que son uniquement serviteur soit retourné à la tombe maintenant !
Elle arpenta sa cage, ne sachant que faire, imaginant sa délivrance, ses sauveurs.
Un prince charmant, comme dans les livres ? Blond, superbement bâtis, avec une armure rutilante et respirant la virilité martiale ?
Devait-elle l’attendre posément, modestement, assise à son bureau ? _ Ou debout, digne, en égale, voire en supérieure comme la future Reine qu’elle était ?
Ou bien encore couché, feignant le sommeil pour être libérée d’un baiser, comme dans les contes ?
Nerveuse, elle parcourait en tout sens sa chambre, qui lui paraissait soudain minuscule et misérable. Elle eut un petit rire presque hystérique en s’imaginant surprise ainsi par son Prince. La prendrait-il pour une folle.
Elle se força à se calmer et à s’assoir dignement. Bien. Elle pouvait réfléchir : le combat avait sans nul doute être épique et épuisant. Et l’ascension de la tour prendrait du temps.
Elle se prépara du mieux qu’elle put. Puis elle se mit à rêvasser.
Serait-il beau ? Serait-il à son goût ? Elle savait que son père l’avait promise à celui qui la délivrerait. Donc... Cela pouvait être n’importe qui.
L’angoisse la repris. Elle avait vu à quoi ressemblaient les héros qui avaient déjà tenté de la délivrer. Certains étaient presque aussi repoussants ou tordu que la liche.
Et si à la place du bel et jeune chevalier auquel n’importe qu’elle donzelle rêvait, elle se retrouvait face à un frêle magicien âgé et pervers ?
Ou un puissant barbare, sauvage et ne portant qu’un pagne crasseux ? Ou un Orc ? Ou un autre Seigneur du Mal, encore pire ?
Nerveusement, elle jeta un coup d’oeil à la massive porte verrouillée. _ Elle était large et massive. Si vraiment son sauveur s’avérait...trop répugnant, elle pourrait peut être prendre la fuite ? Cela serait fort peu glorieux et peu digne, mais...
Elle cru entendre quelque chose par delà la porte et se figea.
Son imagination tournait à plein régime. Un guerrier nain bourru, un splendide prince elfe, un groupe de soudard qui se la "partageraient"...
Sa respiration se bloqua, les yeux et les oreilles aux aguets, la porte, sa délivrance, sa condamnation remplissant tout son champs de vision. Elle était certaine d’avoir entendu des pas et d’autres bruits. Quelqu’un allait venir. Certainement.
Et rien.
Pas un bruit. Cela faisait un moment déjà. Alexandra se demanda si on pouvait mourir d’impatience.
Et si personne ne venait pour elle ? Et si la liche n’était finalement pas morte mais juste affaibli. Et si elle et ses sauveurs s’étaient mutuellement annihilés dans une explosion magique ? Et s’ils n’étaient venus que pour occire le nécromant et piller ses trésors, l’abandonnant à une mort lente et affreuse, seule dans sa tour ? Et si, et si...
Soudain, il y eu à nouveau du bruit.
Plus aucun doute cette fois : quelqu’un s’affairait derrière la porte. Elle entendait des farfouillements, des cliquetis, des bruits métalliques.
Pourquoi son chevalier ne défonçait-il pas la porte pour la délivrer ? Elle voulu crier un encouragement, mais rien ne vint, sa gorge resta muette d’émotion.
Puis la porte s’ouvrit enfin, sur un marmonnement "Sacré boulot, c’truc..."
La princesse put enfin détailler son sauveur, son chevalier.
Dans l’encadrement de la porte, vaguement gêné et l’air presque penaud se tenait un jeune homme de son âge, voir plus jeune. _ Nerveusement il entra, manquant de trébucher sur sa propre cape armoriée, bien trop grande pour lui.
Il portait visiblement une tenue de cuir banale d’aventurier, sur laquelle on avait passé dans un effort vain de convenances quelques habits plus élégants.
Dans sa main, un trousseau d’outils, crochets, piques et autres instruments de serrurerie. Ainsi qu’une grosse chevalière d’aspect noble et vénérable, qui aurait pu être majestueuse et signe d’une haute naissance, si elle ne glissait pas à moitié du doigt un peu petit du jeune homme.
"P...Princesse Anas...Alexandra Anastasia de..euh..." balbutia-t-il.
"De Naelbor. C’est bien moi. Et vous êtes ?" lança-t-elle, fort curieuse. _ Son sauveur ne cadrait en rien avec ses hypothèses. Comment ce...Ce gamin avait-il pu défaire la liche ? Bah, au moins il avait un visage agréable et semblait sain de corps. Un peu maigrichon et il faudrait absolument faire quelque chose pour cette frange.
"Ah oui...euh... Jonathan. Jonathan de...euh de Saint Armand."
"Vous êtes chevalier ?"
"Eh bien...depuis peu de temps, on va dire que oui."
"Comment ça ?"
"Hummm, cela va être assez long à vous expliquer..."

Cinq chevaux franchirent tranquillement le pont-levis, quittant sans regret le château de la liche.
Les sacoches qu’ils transportaient étaient obèse d’or, de joyaux et d’artefacts sans prix.
Leurs cavaliers devisaient joyeusement sur leur futur, plein de joie et d’aventure.
Le dernier lança à nouveau un regard vaguement triste en arrière.
"Des remords ?" lança Eric avec un léger amusement en se portant à coté de lui.
"Non... Je pense que c’est mieux ainsi. Jonathan s’en sortira. Il mérite une belle vie."
"Je ne parlais pas de ton fils adoptif et hâtivement adoubé, mais de toi, mon ami. Tu es sûr de ton choix ? De ne pas avoir de regrets ?"
"Oui. J’ai pris ma décision." conclut le chevalier.
Même s’il serait calomnié, méprisait, sans doute déshérité. Pour une fois, il avait choisit par lui même et pour lui même, et non au nom de grands principes ou pour faire plaisir à d’autre.
"Tu as donc choisit une vie d’aventure et de danger. Bon, si c’est ce que tu veux... Sache que je serais toujours à tes cotés."
"Je sais."
C’est même pour ça qu’il avait choisit cette vie.

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