
Chapitre 22 : Ascension et Descente. Rêves et Cauchemars.
(Errare Humanum Est... ? - 17/04/2004)
"Quel temps pourris !" grogna Thiki, appuyée négligemment contre le massif Groumpf dans le chariot.
"Propice aux tourments et à la mélancolie. Nous aurions bien eu besoin d’un soleil chaleureux et revivifiant." approuva Lelfe.
Il lança un coup d’œil à Ysandre, à l’arrière. Adossée contre la caisse/cercueil d’Halonn, la Paladine méditait depuis trop longtemps à son goût. Cela faisait trois jours qu’ils avaient quitté la ville et qu’ils parcourraient l’Empire d’Hira Ku sous la pluie constante.
Lelfe aimait généralement tous les temps, mais celui-ci était trop maussade à son goût, pour l’humeur de ses compagnons. La jeune femme n’avait même pas réagit aux piques et agacements de Thiki.
Il soupira, ne sachant comment dérider leur compagne.
Elle avait exécuté un homme.
Simplement pour obéir à des coutumes qu’il jugeait imbécile... Même avec l’accord du jeune homme et avec la pseudo-justification judiciaire de cette étrange culture et de ses lois strictes, cela restait un lourd fardeau à porter.
Lelfe se demandait ce qu’il aurait fait, si c’était à lui qu’on avait demandé pareille horreur. Se serait-il rebellé, comme lui criait son cœur ? Ou alors, se serait-il exécuté, sacrifiant le condamné à la tradition et au maintien des bonnes relations des royaumes ?
Il resoupira derechef.
"Onyshahell, grand frère adoré, tu me le paieras, pour ce coup là. Tes analyses politiques ont du bien merder, cette fois... D’ailleurs, à ce propos..."
"Eh, la cartographe ! On est encore loin ? J’ai l’impression de reconnaître ces pics rocheux et ce pont de bois rouge."
Koyan se redressa, surprise par l’interjection. Et fit tomber le lourd rouleau de parchemin qu’elle compulsait fébrilement depuis... une demi-journée ?
Lelfe bondit d’un geste souple et élégant, rattrapant les cartes avec sa dextérité toute elfique. Et la force de l’habitude.
Derym stoppa le chariot une fois de plus, le temps que la jeune fille rassemble ses esprits et ses possessions. Mais cette fois, elle ne semblait ne rien avoir semé sur la route.
Thiki sourit de manière goguenarde et applaudit à tout rompre, ironiquement.
"J’ai hâte qu’on arrive... J’en peux plus, de ce temps. Mes chansons résonnent lugubrement. Ma verve et mon inspiration semblent ramollir sous la pluie."
"Moi, j’aime bien ce genre de temps." annonça négligemment Derym. "ça me rappelle mon départ, le début de mon aventure. Et c’est assez joli, regarde."
Lelfe ouvrit pleinement les yeux à la beauté de la Nature environnante.
Le jeune druide n’avait pas tort. Ils progressaient depuis quelques temps dans un entrelacs de formations rocheuses formant pics et pains de sucres, découpées par des torrents et de denses forêts de bambous. Le paysage était rendu envoûtant et mystérieux par les nuages sombres, déclinant tous les tons de gris, de blanc et de noir dans un lacis aérien qui narguait les concrétions rocheuses.
C’était en effet magnifique, faisant résonner le cœur de poète elfique du barde. Il rendit un instant grâce à Mère Nature et au Seigneur Lathandre, pour lui avoir fait percevoir tout ce qu’il avait ignoré. Et il avait fallut qu’un banal humain le lui montre.
"Merci Derym. Je sens ma Muse revenir !" s’écria-t-il joyeusement.
Le jeune druide sourit, sans vraiment comprendre ce qu’il avait fait pour Lelfe.
"Je pense qu’on ne devrait plus être très loin de l’Allée du Chemin des Cieux." coupa alors Koyan, noyée dans ses notes et ses cartes.
"L’Allée du Chemin des Cieux ? Quel nom compliqué..." nota Derym.
"Le peuple de Koyan partage avec les elfes leur amour pour les dénominations à rallonge." gloussa Thiki.
"On n’est pas perdu alors ?"
"Euh..."
"Koyan..."













