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Chapitre 21 : Du sang sous les Lunes

Chapitre 21 : Du sang sous les Lunes

(Errare Humanum Est... ? - Heroïc-Fantasy - 25/08/2003)

"Et ça se prétend cartographe !" s’exclama Thiki, d ’un ton moqueur mi-en colère, mi-amusée.
"Et espionne, n’oublie pas espionne." déclara sournoisement Lelfe, lui aussi amusé.
"Toutes mes plus humbles excuses..."
"T’en fais pas, ils plaisantent." fit Derym d’un ton détaché tout en guidant les chevaux vers la route correcte. Son instinct lui avait soufflé que leur nouvelle compagne se trompait, mais galant et poli, il n’avait rien dit. Et puis, c’était elle la spécialiste.
"Bah, ce sera simplement plus dur d’arriver avant la nuit..."
"On aura vu du paysage au moins." affirma Derym d’un ton joyeux, histoire de réconforter la cartographe mortifiée. "Le coin est assez joli."
"Quoiqu’on se lasse de ces rizières bourbeuses..." maugréa Thiki, fille des villes.
"Encore toutes mes excuses..." ajouta Koyan, baissant la tête l’air contrite. Et faisant tomber ses lunettes par la même occasion. Seule la promptitude des réflexes de Lelfe sauvèrent celles-ci d’un atterrissage dangereux sous les pattes des chevaux tirant le chariot des aventuriers.

Ysandre soupira. Elle ne savait pas trop que penser de leur nouvelle compagne. Maladroite. Puérile. Espionne, de son propre aveu, comme disait Lelfe. Elle était pourtant charmante. Une charmante ingénue. Qui avait déjà conquis Lelfe (qui se ressemble s’assemble ?). Intérieurement, ça faisait grincer des dents la Paladine. De la jalousie. Oh non... Quel sentiment impur, mesquin. Indigne d’une Paladine de Tür comme elle. Sûrement pas de la jalousie. Et puis être jalouse ce serait reconnaître qu’elle avait des sentiments pour Lelfe... Elle se rengorgea et émit un reniflement de mépris, s’attirant un regard étonné de Derym. Lelfe s’était remis à chanter une de ses nombreuses ballades de marche, applaudit à tout rompre par Koyan.
"Eh, le soleil est couché !" fit remarquer Thiki peu après. Les anciens du groupe remarquèrent aussitôt son ton étrangement joyeux, annonciateur de quelques mauvaise blague ou remarque.
"Oui, et alors ?"
"Oh, je pensais juste à ouvrir le... la caisse, là. Vous savez bien ! Koyan, tu m’aides ?" fit l’adolescente d’un ton blagueur/conspirateur fort suspect.
"Euh... Oui, volontiers."

Ysandre avait compris la farce et allait prévenir Koyan, mais un clin d’œil de Lelfe la fit se raviser. Les deux jeunes femmes gagnèrent le fond de leur chariot (gracieusement fournit par l’Ambassade, dixit Lelfe. Les autres espérait qu’il avait quand même demandé la permission) où sommeillait Groumpf et les bagages fort nombreux, Koyan étant un peu comme Lelfe : elle ne voyageait pas léger. Mais le bagage le plus imposant ne lui appartenait pas : il s’agissait d’une mystérieuse, inquiétante et lourde caisse oblongue et noirâtre. Thiki s’arrêta devant et commença à l’ouvrir en donnant des instructions à sa collègue, tout sourire. Le couvercle s’ouvrit dans un grincement sinistre.

Et Halonn jaillit, cadavérique à souhait face à Koyan. La cartographe resta un moment paralysé d’horreur. Puis Halonn, étonné par ce visage inconnu, lui sourit amicalement. Et elle vit les crocs.
"Waaaaaahh ! UN VAMPIRE !" hurla la jeune femme, complètement paniquée. Elle recula, complètement hystérique, renversant caisses et bagages, tandis qu’Halonn s’extrayait du cercueil et tendait la main pour la retenir et s’expliquer. Gestes sûrement encourageant pour une jeune fille se retrouvant face à face avec un mort vivant.
Koyan hurla de nouveau, sans prêter attention aux explications confuses. Soudain, elle sortit d’une des amples manches de son kimono une mince bandelette de papier couverte de glyphes cabalistiques. Et elle la lança sauvagement à la tête d’Halonn ! La bandelette le frappa en plein front, où elle s’accrocha par magie, en luisant d’une étrange façon. Halonn se bloqua, figé de manière parfaitement ridicule, à demi-extrait de son inconfortable lit.
"EH ! DU CALME ! C’est un ami !"
"Quelqu’un aurait-il l’obligeance de m’expliquer ce qui se passe ?" déclara Halonn d’une voix froide. "Et de m’enlever ce truc de la figure : ça pique."

Après que Koyan se fut calmée, Halonn, débarrassé du glyphe magique, put décliner son identité sur le mode le plus chevaleresque possible (l’albinos vampire n’étant pas idiot et Thiki se roulant par terre en riant sous le regard courroucé d’Ysandre, il avait vaguement saisit la situation). Lelfe s’empressa de présenter convenablement Halonn et de conter à Koyan l’histoire de celui-ci. La jeune femme se calma rapidement (vraiment rapidement, elle regardait maintenant Halonn comme un spécimen à disséquer). Thiki, une fois copieusement tancée par Ysandre, gagna l’avant du chariot et s’installa à côté de Derym.
"La magie qu’elle a utilisé sur Halonn..." commença l’adolescente à mi-voix.
"Oui ? Le truc avec la bande de papier ? Vraiment bizarre comme système !"
"Certes. Une magie typique du coin. Mais ce n’est pas le problème... Le problème c’est qu’il s’agit d’une technique de manipulation de cadavre ! Cette fille est une sorte de nécromant !"
"Ah... Oh !"

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