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Chapitre 9 : Echanges

Chapitre 9 : Echanges

(Errare Humanum Est... ? - Heroïc-Fantasy - 6/12/2002)

La jeune voleuse actionna le panneau secret qui lui permettait de regagner la tour de son Maître. Promptement et en silence, elle fila dans sa chambre sous le toit. Etalant son butin de la soirée sur la planche de bois à moitié pourrie qui lui servait de couche, elle examina les cylindres pris à Derym. Elle sourit. Ces trucs paraissaient anciens et probablement magiques. Ils valaient sûrement chacun un bon paquet ! En y regardant de plus près elle découvrit que chaque cylindre portait un symbole elfique, apparemment élémentaire pour quatre d’entre eux... Descellant délicatement une pierre sous son lit, elle ouvrit sa cachette secrète et y plaça les deux cylindres aux symboles les plus mystérieux.

"Thiiikiii ! Tu es finalement rentrée, mon enfant ?" fit une voix éraillée venant des étages inférieurs.
"Oui ! J’arrive immédiatement, Maître." cria la jeune fille, la peur, le dégoût et la colère se disputant son âme. Elle referma au plus vite sa cachette et empoigna les cylindres restants pour se précipiter vers l’antre de son Maître. Elle pénétra visiblement à contre cœur dans le bureau du magicien. Une vague d’odeur de décrépitude, de souffre, d’encens étrangers et de putréfaction l’assaillit, comme à chaque fois. Prostré dans un fauteuil confortable, un très vieux magicien rachitique aux longs (mais rares) cheveux filasses était penché sur la dissection d’une petite créature inidentifiable pour l’adolescente.

"Approche, approche ma douce..." fit le vieux de sa voix cassée.
"Bien maître." répondit automatiquement Thiki, essayant de ne pas paraître trop dégoûtée. Comme toujours elle hésita à essayer de briser la nuque fragile du vieillard... Elle n’en fit rien et s’approcha d’un air soumis. De toute façon elle savait qu’elle n’y arriverait pas...
"Fructueuse sortie ?" demanda le magicien en la détaillant avec ses yeux chassieux injectés de sang.
"Oui, Maître. Voici... Des étranges artefacts. Elfiques probablement, avec des symboles élémentaires. Enfin, je crois..." répondit la jeune fille en lui tendant les cylindres.
"Grandiose, grandiose mon amour ! Bonne fille." Le vieillard fit courir ses mains d’étrangleur à la peau parcheminée sur les objets, en murmurant d’étranges paroles dans une langue inconnue de la voleuse.
"Oui, c’est visiblement élémentaire... Je t’ai si bien formé ! Et très bien scellé." marmonna t’il. Trop heureuse d’avoir retenu ainsi l’attention de son Maître, la jeune demoiselle fit une révérence avant de vouloir se retirer.
"Un instant." fit le magicien d’une voix glacée. "Mentir n’est pas bien, petite fille... Me cacher quoique ce soit est MAL ! JE DOIS TE PUNIR !"

Avant que Thiki, folle de terreur n’arrive à quitter la pièce, le mage tendit la main et cracha un sortilège. L’adolescente fut brutalement catapultée, s’écrasant sur un établi d’alchimie, explosant au passage la verrerie dont les éclats lui transpercèrent la chair. Ses blessures furent encore avivées par les produits toxiques et irritants contenus dans les flacons brisés. Elle hurla de douleur. Le magicien s’approcha d’elle quand elle tenta de se relever. Un autre sortilège maléfique transforma ses ongles de la main en longues lanières noires barbillonnées. Il en fouetta violemment l’adolescente, s’acharnant en hurlant alors qu’elle gisait à terre dans son sang. Quand la jeune voleuse arrêta de crier et même de gémir, le sorcier ricanant stoppa son supplice. Il la saisit à la gorge et la releva sans ménagement. Ecartant les cheveux roux de la jeune fille qui lui masquaient le front, il posa un long ongle sale sur un rubis enchâssé dans le crâne de la demoiselle. Aussitôt une douleur cuisante dévora chaque nerf de l’adolescente. La douleur était telle qu’elle ne pouvait même pas hurler. Elle hoquetait et se convulsait dans les bras décharnés du vieillard sadique. Il colla son visage ravagé contre celui de Thiki. Son haleine fétide vint renforcer les sombres menaces qu’il lui murmura au creux de l’oreille...
"Apporte-moi les deux cylindres manquants, jeune inculte ! Je t’avais avertie de ne pas me mentir. Et soigne toi aussi. Et habille-toi un peu mieux que ces loques de brigands. Je t’attendrai dans la chambre. Il va falloir que tu sois bien gentille pour que je te pardonne..."

Thiki retourna péniblement vers sa chambre en maudissant intérieurement son patron cruel. Elle n’aurait pas dû essayer de le tromper. Pourtant ces deux artefacts lui auraient peut-être permis d’engager un prêtre ou un mage assez puissant pour lever le sort qui la tenait en esclavage... Résignée, comme d’habitude, elle passa prendre un onguent, le moins efficace (le Maître est vraiment radin), avant d’aller chercher les cylindres dans sa cachette. Une fois ceci fait, elle se reposa un instant, attendant la convocation. Ce ne serait pas long, il était toujours très excité par la vue du sang. Comme prévu, la voix éraillée du sorcier se fit vite entendre. Un frisson de dégoût et de douleur parcourut l’adolescente qui revêtait une affriolante chemise de nuit.

Elle se dirigea vers la chambre somptueuse du ténébreux magicien, à pas lents de condamnée, comme à chaque fois. Il était déjà alité. Elle se laissa attirer par ses mains rêches, se laissa caresser et dévêtir, fermant les yeux pour ne pas voir le corps hideux de son Maître. Elle gémit, simulant le plaisir comme des années d’immonde servitude lui avaient appris à le faire. A travers ses yeux pleins de larmes discrètes, elle voyait le soleil levant filtrer à travers une fenêtre, signe d’espoir ou de joie pour un nombre incalculable de races et de personnes. Pas pour elle. Même en plein jour elle restait dans les ténèbres...

"Et maintenant, on frappe à la porte pour qu’on vienne nous ouvrir ?" lança sarcastiquement Ysandre à Lelfe en désignant la lourde porte gravée de glyphes scintillants. Le barde ne répondit pas, poursuivant l’inspection de la base de la tour. Vieilles pierres noires, érodées. Solides et escaladables... Du moins pour un elfe assez agile. Pas une partie de plaisir quand même. Il repéra la voie empruntée par la jeune voleuse, menant à une alcôve près du sommet de la tour. Il y avait probablement un passage par-là, mais Groumpf ou Ysandre (en armure) ne parviendrait sans doute pas à l’atteindre. Il doutait même que Derym le puisse...
"On va se séparer. Je passerai par le haut de la tour, vous par le bas."
"C’est ça, séparons nous... On a bien vu là où ça nous a menés !" ricana la Paladine
"Faisons confiance à Lelfe." dit Derym. "Il a l’air d’être un spécialiste pour s’introduire là où on ne veut pas de lui."
"Pfff... d’abord ça ne résout pas notre problème : comment va-t-on entrer ?"
"Les magiciens sont assez paranoïaques, mais économes : regarde, seule la porte et les fenêtres sont couvertes de glyphes de protections et de pièges. Il en va de même sûrement pour l’entrée par les égouts..."
"Ah ! y’a une entrée par les égouts ?" demanda Derym.
"Y’en a toujours une ! Pour les fuites précipitées et les sorties discrètes. Mais revenons au problème. Je suis incapable de désamorcer ces pièges."
"Donc on est bloqué !"
"Non. Il suffit d’emprunter une voie qui défie la logique du sorcier !" sourit Lelfe en faisant un clin d’œil à Groumpf.
"Quoi !?!" s’exclamèrent ensemble Ysandre et Derym en voyant Groumpf sortir son énorme marteau de guerre à deux mains.
"Si y’a pas de porte, on va en faire une !" s’esclaffa joyeusement le Barde. "Bon, ça va faire plein de boucan et attirer le sorcier... Vous l’occuperez pendant que je reviendrai des étages supérieurs, avec les cylindres si j’ai de la chance."
"Tu es vraiment sûr ? Déjà que j’aime pas m’introduire chez les gens comme ça..." demanda la Paladine gênée par ce plan.
"Oui. Récupérer les cylindres est la priorité. Si ça se trouve on aura même pas à se battre... Enfin, pas trop."
"Alors allons-y." conclu Derym, lui aussi doutant un peu du plan simpliste.

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