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Chapitre 6 : Pièges vicieux

Chapitre 6 : Pièges vicieux

(Errare Humanum Est... ? - Heroïc-Fantasy - 16/11/2002)

Le groupe de Derym finit par quitter Hillend dans la précipitation, embarquant au passage Ysandre Sombreterre, nouvellement "promue" Paladine errante. La jeune fille apprécia ce début de voyage au parfum de grande aventure. Le trajet mené tambour battant lui permit de faire plus ample connaissance avec les aventuriers qu’elle avait sauvés d’une terrible embuscade...

Lelfe conduisait l’attelage, le dirigeant "à la voix" car Derym, l’apprenti-Druide avait été horrifié par les mors et le fouet habituellement utilisés. De fait, la Paladine priait fermement son Dieu que l’attelage ne rencontre pas d’obstacles, ni d’autres voyageurs. Les quatre chevaux aux fers magiquement enchantés fonçaient à travers la plaine en direction de l’ouest, suivant la Grand Route, heureusement bien pavée et entretenue. Assis à côté de Lelfe qui guidait tant bien que mal les chevaux, Derym jouissait de l’air ambiant qui lui fouettait le visage. Jamais il n’aurait pensé qu’il pourrait un jour se déplacer si vite ! Et en plus, pour le jeune homme fraîchement sorti de sa Forêt Sacrée, le paysage de l’immense plaine cultivée le remplissait d’émerveillement. Affalé dans le chariot, au beau milieu des sacs et autres affaires des voyageurs (enfin, essentiellement à Lelfe..), le colossal Groumpf dormait à poings fermés. Malgré sa constitution plus que robuste et les soins magiques, son récent combat l’avait beaucoup épuisé. Il avait aussi d’autres raisons pour rester ainsi à l’arrière : son physique monstrueux ne passait pas inaperçu et bien des gens auraient eu peur de lui... Il avait en outre un honteux secret : les chevaux lui faisaient peur, bien que pour rien au monde il ne l’aurait avoué !

Postée tout à l’arrière du chariot, Ysandre regardait sa ville natale s’évanouir dans le lointain. Cela faisait mal de voir cette cité disparaître aussi vite... Mais d’un autre côté, elle savait qu’elle aurait fini par partir un jour ou l’autre, aimant trop l’aventure et les risques pour rester dans une ville aussi tranquille. Cette dernière pensée la ramena à l’affaire de l’agression de Derym.

Le peu qu’elle avait vu du jeune Druide n’expliquait pas cette attaque soudaine. La criminalité à Hillend n’était pas un problème majeur habituellement... Des vols, des rixes d’ivrognes, quelques rares meurtres... Jamais elle n’avait vu une embuscade pareille impliquant autant de brigands. Lelfe et Groumpf étaient des aventuriers sans-emploi avant l’arrivée de Derym, ils n’étaient donc pas très "importants" pour la pègre locale. Quant à Derym, naïf au grand coeur, il ne semblait absolument pas dangereux... Sa quête semblait assez anodine (un simple transport de courrier entre Druides Elfes), confiée par un Haut-Druide assez respectable, bien que peu connu, d’après Lelfe. Etait-ce une méprise ? Ou bien Groumpf et Lelfe étaient-ils impliqués dans un vaste "complot" ? Ce dernier lui paraissait particulièrement suspect, se prétendant Paladin, avec pour preuve ses pouvoirs guérisseurs typiques... Mais Derym lui avait dit que Lelfe était aussi Barde et Druide ! Pour ce que la jeune femme en savait, c’était incompatible avec les credos habituels des Paladins ! Elle se sentait plonger à une allure vertigineuse dans un truc qui la dépassait. La peur l’envahit un instant car elle sentait inconsciemment de sombres puissances qui s’amoncelaient autour du groupe d’aventuriers...

Elle fut tirée de ses pensées par la voix mélodieuse de Lelfe, qui venait d’entonner un chant de marche très connu. Sa voix d’or était enivrante, rendant la chanson, d’habitude si banale, merveilleuse, entraînante et magique ! Elle se rapprocha pour s’asseoir devant avec les deux hommes, Lelfe ayant passé les "commandes" à Derym qui tentait de diriger par d’étranges paroles druidiques les chevaux. Le Barde se mit à jouer de sa harpe pour accompagner sa ritournelle. Sa musique était encore plus splendide que sa voix ! Il tirait de sa harpe des accords qui bouleversèrent la jeune fille : accompagnant avec brio le chant de marche, il faisait vibrer l’esprit aventureux et héroïque de la Paladine. Elle détailla l’elfe qui jouait les yeux perdus dans le ciel et pensa, comme à sa première rencontre, "Mince ! Ce qu’il est beau !" Mais cette fois, la jeune femme découvrait en plus de sa charmante apparence de dandy extravagant, une grande sensibilité. Les joues en feu elle détourna le regard vers le soleil qui déclinait déjà.
"En tout cas, un être comme lui ne pouvait sûrement pas être mauvais !" Elle s’aperçut alors qu’elle ne ressentait plus aucune peur ! La chanson de Lelfe avait chassé ses noires prémonitions. Elle sourit alors à Lelfe et à Derym.

Le voyage se poursuivit sans incident et dans la joie et la bonne humeur. Lelfe était un barde merveilleux, les distrayant avec moultes chansons diverses. La jeune femme rit de bon coeur quand il entonna une chanson à boire très osée, visiblement pour la choquer. Il ne se doutait pas qu’elle avait entendu bien pire pendant son service dans la soldatesque ! Elle le surprit donc en chantant avec lui, rajoutant quelques couplets obscènes omis par le Barde. Lelfe rieur continua de plus belle, poursuivant la chanson cochonne avec un brio d’improvisation. A l’arrière retentit alors une voix caverneuse, grondante et basse, mal assuré : Groumpf se joignait à la fête ! Il s’arrêta bien vite incapable de suivre le rythme déluré, mais son intervention fut du plus haut comique pour Ysandre : jamais elle n’aurait cru entendre chanter un jour pareil géant ! La chanson terminée, elle finissait juste de se remettre de ses rires quand Derym demanda le plus innocemment du monde quelques explications sur les paroles suggestives de la chanson.

Voir Lelfe bafouiller et rougir devant les questions forts précises du jeune homme acheva Ysandre qui repartit dans un fou rire fort peu digne d’une Paladine. Son hilarité fut coupée nette par Lelfe :
"Et pour plus de détails, en particulier sur les femmes, demande donc à cette gente demoiselle..." conseilla-t-il à Derym, un petit sourire en coin. Le jeune Druide se retourna immédiatement vers la Paladine, désormais écarlate, pour la questionner longuement sous le regard amusé de Lelfe qui arborait un sourire victorieux.

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